Instants d'instants est un blog à vocation généraliste abordant des thèmes variés (événements de la vie, actualité, musique, culture ...)
Il y a longtemps que je n'avais alimenté la rubrique "poèmes du week-end". Voici chose faite avec un écrivain bien oublié aujourd'hui, Catulle Mendès, mort en février 1909 dans des circonstances mal éclaircies:son corps fut retrouvé sans vie dans le Tunnel de chemin de Fer dit " Le Parterre", près de St-Germain-en-Laye. L'enquête conclut à un accident, le poète étant, semble-t-il, tombé accidentellement du train.
Reste. N'allume pas la lampe. Que nos yeux
S'emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
De leurs ondes sur nos baisers silencieux.
Nous sommes las autant l'un que l'autre. Les cieux
Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
Voluptueusement berçons notre faiblesse
Dans l'océan du soir morne et délicieux.
Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,
Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
Tes cheveux où mon front se pâme enseveli...
Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes,
Quel long fleuve de paix léthargique et d'oubli
Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes.
(Soirs moroses, 1876)