Instants d'instants est un blog à vocation généraliste abordant des thèmes variés (événements de la vie, actualité, musique, culture ...)
J'ai déjà posté ici un poème d'Henri Cazalis (1840 - 1909), plus connu sous le pseudonyme de Jean Lahor.
Dans celui de ce jour, Jean Lahor exprime à la fois la vision d'un Dieu qui contiendrait tout l'univers et qui serait son tout et l'illusion de cette croyance et de la croyance en un quelconque Etre divin et une quelconque vie après la mort.
Je suis l'Ancien, je suis le Mâle et la Femelle,
L'Océan d'où tout sort, où tout rentre et se mêle ;
Je suis le Dieu sans nom, aux visages divers ;
Je suis l'Illusion qui trouble l'univers.
Mon âme illimitée est le palais des êtres ;
Je suis l'antique Aïeul qui n'a pas eu d'ancêtres.
Dans mon rêve éternel flottent sans fin les cieux ;
Je vois naître en mon sein et mourir tous les dieux.
C'est mon sang qui coula dans la première aurore ;
Les nuits et les matins n'existaient pas encore,
J'étais déjà, planant sur l'océan obscur.
Et je suis le Passé, le Présent, le Futur ;
Je suis la large et vague et profonde Substance
Où tout retourne et tombe, et tout reprend naissance,
Le grand corps immortel qui contient tous les corps :
Je suis tous les vivants et je suis tous les morts.
Ces mondes infinis, que mon rêve a fait naître,
- Néant, offrant pour vous l'apparence de l'être -,
Sont, lueur passagère et vision qui fuit,
Les fulgurations dont s'éclaire ma nuit.
- Et si vous me demandez pourquoi tant de mensonges,
Je vous réponds : " Mon âme avait besoin de songes,
D'étoiles fleurissant sa morne immensité,
Pour distraire l'horreur de son éternité !... "