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Instants d'instants est un blog à vocation généraliste abordant des thèmes variés (événements de la vie, actualité, musique, culture ...)

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Moralité sexuelle

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Selon une idée couramment admise, les Français seraient par nature parmi les peuples les plus tolérants vis-à-vis des questions touchant à la sexualité même si leurs institutions politiques auraient toujours sensiblement un train de retard sur les évolutions sociétales, c'est du moins ce que laissent entendre certains sondages.


En fait, à y regarder de plus près, il me semble bien que si les Français tolèrent des moeurs sexuelles assez libres  - et plutôt chez les autres que dans leur propre foyer - tant que cela reste discret, de l'ordre privé et ne fait pas scandale, il n'en est pas de même lorsque cela envahit l'espace public avec peut-être une rigidité morale plus grande à mesure que l'on descend dans l'échelle sociale - surtout si sexe et argent semblent se combiner de pair -, sans doute par un besoin d'opposer une norme, un idéal qui permette d'accepter au quotidien des situations multiples que l'on n'eût pas et que l'on continue à ne pas tolérer dans l'absolu et que l'on puisse trouver encore bien des jugements négatifs sur qui ne vit pas selon les normes, "une putain", une traînée", "une famille tuyau-de-poèle", "une tapette"... étant autant d'expressions pouvant rendre compte de ce jugement négatif, quelles que soient par ailleurs les propres attitudes sexuelles de celui ou celle qui émet ce jugement, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes.

Aussi le Français feint-il d'ignorer - même s'il propage de temps en temps moult ragots sur untel un untel qui parait un peu "bizarre" - que dans son particulier X ou Y se livre à des parties sado-maso, fréquente les clubs libertins, aille aux putes ou arpente les backrooms gays de la capitale pourvu qu'à l'aube il redevienne Monsieur-tout-le-monde, bien sous tous rapports.

Par contre, lorsqu'il ne peut plus y avoir de doute, les choses se compliquent, on le voit très bien aujourd'hui avec l'affaire DSK. Sans me prononcer sur le fond, et bien que depuis le début une majorité de Français soupçonne une machination politique et des accusatrices pas tout à fait désintéressées que ce soit la femme de ménage Diallo ou la journaliste-écrivain Banon, on voit tout de même nettement une réprobation de l'opinion publique sur les moeurs sexuelles de DSK - amoralité d'autant inacceptable à leurs yeux que les Français considèrent souvent que plus un homme a de l'argent, plus il est amoral sexuellement -, étalées depuis des semaines dans la presse et qui en font un libertin libidineux, réprobation qui se traduit en termes politiques: 65% des Français ne souhaitent pas ou plus qu'il se présente à la présidentielle. Autrement dit ses moeurs sexuelles libertines suffisent à condamner DSK politiquement.

Evidemment, pour le Français ordinaire sur lequel il ne peut plus y avoir de doutes, cela se transforme en ostracisme exprimé ou caché mais bien réel, la morale publique ne tolérant ses moeurs que faute de mieux. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'il subisse ragots, rumeurs, quolibets destinés à rappeler au quotidien le paria qu'il est et qu'il n'est que toléré.


C'est d'ailleurs un paradoxe étrange de voir un pays qui admire Henri IV, Louis XIV ou Napoléon qui sont loins d'être des modèles de vertu sexuelle - et dont la sexualité débridée semble augmenter encore la gloire -, condamner chez certains ce qu'ils ont approuvé chez d'autres. C'est que l'on croit, ou que l'on feint de croire - à tort -, que les maîtresses de ces grands personnages n'ont pas coûté un centime à l'Etat et n'ont eu aucune influence sur les affaires de celui-ci, sinon de confirmer les vertus mâles et la virilité du chef. D'ailleurs, Maintenon et les maîtresses de Louis XV, point autant soupçonnées d'un si grand désintéressement, voire, comme Pompadour d'avoir dilapidé une partie de la richesse nationale en futilités, ont entraîné leurs amants dans un désamour des Français et Marie-Antoinette, bien que légitime épouse, supposée se comporter comme la Pompadour, fut l'objet de multiples ragots qui rejaillirent sur elle, sur la popularité de son royal époux et provoquèrent moult interrogations sur sa capacité à mettre de l'ordre dans sa propre maison et donc à règner.

Comment comprendre cet étrange paradoxe, me direz-vous ?

Sans doute faut-il y voir une morale sexuelle fabriquée à la croisée de la Philosophie des Lumières et de la raison, du moralisme janséniste et de l'image que l'on se fait de la vertu républicaine opposant l'honnête citoyen aux aristocrates entretenant des catins (voir la version du "Ca ira" pour Si Versailles m'était conté), le tout réactivé régulièrement par la messe laïque venue des téléfilms et des feuilletons bibliques d'Outre-Atlantique où la morale puritaine conjugue ses trois aspects.

Ici, par avance, tout déviance à la norme ne devient pas seulement une anormalité, mais des moeurs à réprouver et à cantonner dans la sphère stricte du privé, du discret, de ce qui doit rester caché pour ne pas choquer quand on ne peut pas faire mieux. Pire, celui qui par honte se cache et finit par être découvert, subit encore plus - parce que le scandale éclate et devient public au même instant T pour tout le monde - que celui qui, ayant plus de caractère, a le courage d'affronter le regard hostile d'autrui pour imposer autour de lui un espace de tolérance forcée.

C'est dire si la société française, en principe tolérante et ouverte des sondages, cache bien plus de paradoxes et de conservatismes qu'on veut bien le croire et les homosexuels en sont un des exemples les plus visibles: on les tolère tant que c'est discret, on peut à la limite accepter qu'ils se marient, MAIS ... ils restent vus comme des dépravés, qui sont surtout priés de ne pas avoir un comportement socialement inadapté en public (s'embrasser, se tenir par la main) sous peine d'être mal vus.

Du reste, même si la morale, toute contraignante et archaïque qu'elle soit reste utile - c'est tout de même au nom de la morale qu'un voleur est condamné, par exemple -, il est vrai que fixer un curseur à celle-ci reste délicat, relatif à l'époque et aux personnes - même s'il a été peut-être victime d'un complot faut-il ou ne faut-il pas réprouver les moeurs sexuelles de DSK ? Ce à quoi les Français semblent répondre par l'affirmative - et à la capacité de telle ou telle société à fixer l'acceptable de l'inacceptable. Raison pour laquelle il est si difficile de vivre avec, de s'en accommoder et encore plus de la faire évoluer, toute la société n'évoluant pas au même rythme ni n'ayant vécu les mêmes expériences.


On observera donc juste, pour conclure, une plus grande rigidité que l'on ne l'admet habituellement dans la société française et une ligne qui est presque infranchissable avec le tabou sphère privée/sphère publique qui semble marquer les limites de l'acceptable de ce qui ne l'est pas. Ce n'est pas parce qu'officiellement le Français "tolère" que son esprit est forcément "ouvert" sur des moeurs qu'il ne comprend pas rationnellement.


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