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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 18:44

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8b/B1.svg/576px-B1.svg.png

 

L'orientation librement choisie avec l'accès le plus large possible à toute l'information disponible: tel est le nouveau credo proclamé urbi et orbi par l'Education nationale afin de limiter l'échec scolaire et les sorties du système éducatif sans solution de rechange.

 

Dans la réalité, pourtant, les choses sont loin de correspondre à ce modèle sur papier glaçé que le ministère vend aux journalistes et aux associations de parents d'élèves et - je sais que je vais en décevoir certains - ce n'est pas par l'effet d'un quelconque conservatisme des équipes professorales, ni d'un quelconque rejet des filières d'apprentissages et du travail manuel par les profs que cela se produit.

 

La vérité, c'est que l'orientation de l'élève dépend moins de son choix et/ou de la libre délibération du Conseil de classe que d'impératifs économiques et budgétaires fixés par l'Académie qui doit faire avec les moyens qui lui sont donnés par le ministère.

Ainsi, par exemple, on fera facilement doubler un élève pour alléger les effectifs d'un niveau afin d' éviter de gonfler les effectifs au point de contraindre l'Inspection académique à devoir ouvrir une nouvelle classe; de même en va-t-il des passages: passe d'autant plus facilement l'élève que les suivants sont déjà en effectifs nombreux, là aussi, pour éviter d'avoir à ouvrir une nouvelle classe.

 

C'est exactement la même chose concernant les voies possibles de sortie avant la 3ème: leur faible nombre, le nombre de places limitées, l'impératif d'y faire place prioritairement aux élèves des "banlieues qui craignent", finissent aussi par pénaliser ceux qui ont le malheur de faire des demandes dans des collègues qui n'appartiennent pas à ces zones: au mieux, on les accuse de voler des places; au pire, on accuse le collège demandeur de mener une politique élitiste pour se débarrasser de ses "mauvais élèves". C'est exactement le genre d'accusation que la directrice du CIO (Centre d'Information et d'Orientation) s'est permis de formuler contre notre collège sous prétexte que la majorité des parents appartiennent à des Catégories socio-professionnelles favorisées, que nous avons un très bon taux de réussite au brevet et que notre collège serait un établissement "sans problèmes": ainsi, parce que les "chiffres" sont au vert, nos élèves auraient moins de droits que d'autres, même s'ils sont en difficultés scolaires, d'opter pour des solutions autres qu'une classe de 3ème classique ! Belle conception de l'élève libre de choisir en conscience son orientation !

 

Scandale aussi du côté de l'administration du collège qui, l'an dernier, s'est formalisée du nombre important de dossiers déposés pour un nouveau dispositif qui semble les avoir séduit: les 3ème prépa-pro, mais sous prétexte, cette fois-ci, qu'on risquait de perdre un nombre trop important d'élèves et donc de perdre une classe !

 

Conséquences cette année: les professeurs principaux de 4ème ont reçu ordre de ne pas parler de la 3ème prépa-pro aux élèves et à leur famille et de ne même pas tenter de les informer par d'autres biais, car tout dossier qui serait déposé serait immédiatement déchiré et jeté à la poubelle !

C'est sans doute cela, l'orientation librement choisie !

 

Cela valait bien ce coup de gueule pour dénoncer cette gestion purement comptable de l'orientation qui n'est pas le fait des profs, mais d'impératifs fixés par le ministère, l'Académie et l'administration, en fonction des économies budgétaires à réaliser... et tant pis si le nombre d'élèves qui sortent du système éducatif sans solution est en constante augmentation.



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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 11:21

A signaler deux romans policiers intéressants dans ceux que l'une de mes collègues m'a passés:

 

- Pur, d'Antoine Chainas

 

http://1.bp.blogspot.com/-1sUGpaqO8so/UioGiazPS5I/AAAAAAAAA5c/KH6_WXQ2dZo/s320/antoine+chainas+PUR.jpg

 

Ou comment, exploitant un fait divers et jouant de l'amnésie partielle du rescapé qui croit avoir été victime d'un tir lors d'une course-poursuite avec des Arabes, un maire de droite de la Côte-d'Azur, plus ou moins lié à des mouvances extrêmistes en cheville avec certains policiers et aux plus riches de ses concitoyens qui se protègent des pauvres dans des cités fermées et ultra-sécurisées, cherche à en tirer le plus de profit possible pour susciter des émeutes en espérant en tirer le bénéfice de sa réelection.

 

- Yeruldelgger, de Ian Manook

 

http://i-exc.ccm2.net/iex/1280/1906779534/796751.jpg

 

Ou comment découvrir la Mongolie post-communiste, l'influence de la Chine et de l'extrême-droite nationaliste et certaines des coutumes ancestrales mongoles, à travers les enquêtes d'un policier d'Oulan-Bator dont le prénom est aussi le titre du roman.

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 16:39

Peu de chansons en langue allemande se sont imposées à l'Eurovision et quand on dit peu, c'est, en fait, très peu, car elles ne sont que deux; deux chansons qui, autre particularité, ont eu leur version française chantée par l'interprète original.

C'est deux chansons sont:

 

- En 1966, Merci chérie, pour l'Autriche, par Udo Jürgens (version originale d'abord, française ensuite)

 

 

 

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- En 1982, Ein bißchen Frieden, par Nicole, pour l'Allemagne(version allemande d'abord, française ensuite)

 

 

 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 13:33

http://img.tvmag.lefigaro.fr/ImCon/Arti/79600/PHO37797fda-8d8c-11e3-8d3f-ad25b587d228-350x250.jpg

 

C'est par ces simples mots qu'Alison Arngrim (Nellie Oleson) a annoncé sur son compte Twitter la mort, survenue le 03 février 2014, à l'âge de 89 ans, du comédien Richard Bull qui incarna, entre 1974 et 1983, dans la série la Petite Maison dans la Prairie, le rôle de Nells Oleson, l'épicier du village, époux de l'irascible Harriet (Katherine MacGregor).

L'occasion de découvrir qu'avant d'avoir incarné ce rôle qui finalement l'a rendu très populaire et lui a sans doute assuré une certaine forme d'immortalité, l'acteur avait joué aux côtés de plus grands (Greogory Peck, Burt Lancaster, Steve McQueen, Clark Gable, Clint Eastwood).

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 14:17

Cette rubrique, consacrée à toutes les musiques, vous propose aujourd'hui un voyage dans le temps pour y retrouver l'oeuvre de Johannes Ockeghem, un homme du XVème S., né près de Mons et décédé à Tours en 1497.

Maître de la chapelle des rois de France Charles VII, Louis XI et Charles VIII de 1452 à  sa mort en 1497, il fut l'un des premiers compositeurs de chants polyphoniques, notamment du premier requiem à utiliser cette technique et qu'il aurait composé, selon certaines sources, à la mort de Charles VII en 1461 (d'autres penchent pour celle de Louis XI en 1483 ou encore pour la propre mort du compositeur en 1497).

Quoi qu'il en soit, je vous laisse écouter cette musique religieuse d'un autre temps qui semble annoncer déjà la Renaissance.

 

 


 


 

 


 

 


 

 


 

 

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 16:24

http://idata.over-blog.com/0/41/26/83/2013-2014/la-confrerie-des-chasseurs-de-livres-9782330022617_0.gif

 

Paru chez Actes Sud en 2013, ce roman historique de Raphaël Jérusalemy, pour sa trame, ressemble à bien d'autres de la même veine: des complots, de l'exotisme, un parfum trouble des bas-fonds. Rien de bien original puisque c'est la recette classique utilisée pour faire du chiffre de ventes, mais avec, en plus, un aspect assez agaçant qui est une narration continuellement au présent du début à la fin qui finit par exaspérer franchement.

L'auteur entend nous raconter la suite de la vie du poète François Villon, libéré de prison en 1463, dont la trace se perd ensuite. Il devient alors un maillon de la chaîne d'un vaste complot où sont regroupés, le roi de France Louis XI, les Médicis, certains monastères de Terre Sainte, des musulmans et des juifs, ainsi que les premiers imprimeurs qui doivent y jouer un rôle central. Leurs motivations sont diverses, mais elles ont toutes le même but: affaiblir l'Eglise catholique afin de faire progresser les connaissances et les sciences, libérer l'individu et établir plus de démocratie.

Sauf que personne ne fait confiance à personne dans cette histoire, que chacun croit duper l'autre alors qu'il en est la dupe et qu'au final, on peine à croire à la théorie de l'auteur qui fait de notre monde actuel, le résultat de ce complot dont on ne sait pas très bien ce qu'il devient à la fin du livre.

Quant à Villon, il y parait bien falôt et décevant, comme quoi après avoir prolongé sa vie, l'auteur n'a pas su vraiment quoi en faire, ni quelle dimension véritable lui donner dans l'histoire.

Au final, comme moi, si on vous le prête, lisez-le si vous voulez passer un week-end, mais sinon, vous pouvez vous dispenser d'acheter.

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 18:37

Les deux chansons ont 24 ans d'écart, les paroles et les façons d'aborder les choses sont différentes, et pourtant, c'est une même réalité que Zombi Dupont, de Sardou (1973) et le Coureur, de Goldman (1997) évoquent: l'irruption de la civilisation "blanche" dans le monde colonial et néo-colonial post-indépendance et d'un homme blanc qui continue à imposer sa civilisation "supérieure" aux autres races de la planète, pour le meilleur et pour le pire.

 

 



 

 

 


 
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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 20:47

http://img.over-blog-kiwi.com/0/54/88/46/201307/ob_6f2dff9b2372ea92355f9ee269631290_1ere-gm203.jpg

J'ai occupé une partie de mes vacances à la lecture d'un gros pavé consacré à la Première Guerre mondiale, titre original: " The Cambridge History of The First World War ", paru et traduit en français en 2013.

Il est le premier tome d'une série qui doit en comporter trois, est centré sur les combats et leurs répercussions dans le monde, et fait appel à des historiens de toutes nationalités, spécialistes du premier conflit mondial.

Comme tout ouvrage de ce genre, ces contributions sont de qualité et de valeur inégales: certaines sont très verbeuses et noircissent des pages et des pages pour ne rien dire de précis (par exemple, je n'ai strictement rien compris à l'une des contributions consacrées à l'expédition des Dardanelles); d'autres, a contrario, sont d'une grande clarté et/ou offrent des regards neufs ou méconnus sur les répercussions du conflit aussi bien en Chine, qu'au Japon ou en Amérique latine et en Amérique du Nord (le Canada n'est pas oublié), au-delà des regards portés sur l'Afrique, le Moyen-Orient ou l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Les premiers chapitres, et notamment celui qui retrace le passage d'un attentat à Sarajevo à une crise qui conduit à la guerre, sont aussi très intéressants et contribuent à réévaluer la responsabilité de certains pays et de certains hommes politiques allemands, français et russes qui ont abdiqué toute volonté de résister à la guerre face à la pression des "experts" militaires.

Un bon rapport qualité/prix quand on voit à quels prix prohibitifs on nous vend en ce moment des ouvrages illustrés sur la guerre au contenu textuel d'une pauvreté affligeante: ici, au moins, avec cet ouvrage, ceux qui aiment lire ont de quoi s'occuper et apprendre.

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 20:40

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/60/Edward_Snowden-2.jpg/497px-Edward_Snowden-2.jpg

 

Même si les 3/4 des Français s'en foutent, même s'ils sont persuadés qu'il est tout à fait normal que les Etats développés du monde entier espionnent les moindres détails de leur vie privée sous prétexte d'assurer notre sécurité et qu'il n'y aucun chat à fouetter car ils n'ont rien à cacher, qu'Edouard Snowden est juste un naïf qui empêche le monde de tourner en rond, c'est pourtant à Snowden que je décernerai le titre d'homme de l'année 2013.


A cela plusieurs raisons:
- il a révélé l'ampleur et les moyens inédits dont disposent les Etats pour s'espionner mutuellement et espionner les citoyens des autres Etats en plus des leurs,
- il a touché du doigt un problème récurrent depuis plusieurs années et jamais résolu: le problème du contrôle démocratique de ce vaste système d'écoutes, aussi bien au niveau national qu'au niveau international
- question connexe: au nom de quel droit international un pays se permet-il d'espionner et de confectionner illégalement des fichiers sur des personnes qui ne résident pas sur son territoire et ne sont pas ressortissants de ce pays ?
- quid sur le devenir, l'accès et l'utilisation possible de tels fichiers ? quid aussi de la véracité des informations qui y sont contenues ? (ex. on sait très bien en France, les bourdes nombreuses du fichier STIC).
- quid de l'utilisation qu'on peut en faire ? Après tout, c'est peut-être la NSA qui a manigancé la chute de DSK. Ca lui aurait été ultra-facile.

Face à ces violations des droits de l'Homme par des pays tiers, sans aucune autorisation légale, sans aucun contrôle, il est hautement regrettable que les citoyens ne bougent pas et que les Etats, comme la France, se soient tous couchés après des protestations verbales de pure forme et peu crédibles, puisqu'évidemment, la France, comme les Etats-Unis, use vraisemblablement des mêmes pratiques.
Oui, parce que tous les Etats se sont couchés et parce que Snowden est victime de l'indifférence de ses concitoyens alors qu'il a contribué à poser de bonnes questions trop vite tombées dans le désert, j'ai décidé d'en faire l'homme de l'année 2013, celui qui aura essayé de réveiller les consciences, même si c'est en vain.
La lutte contre le terrorisme ne saurait tout justifier, et certainement pas la constitution d'immenses bases de données qui transforment de plus en plus les Etats du monde en puissances totalitaires potentielles capables de contrôler la vie de n'importe lequel de ses citoyens ou du pays d'en face, de la vie jusqu'à la mort.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 12:18

Aujourd'hui, la rubrique des insolites s'enrichit d'un article du Petit Parisien du vendredi 05 décembre 1913, signé Jean Frollo, paru sous le titre: " Un homme femme"; un article qui évoque ce singulier personnage que fut le chevalier de Fréminville.

On laissera, néanmoins, chacun faire la part des choses entre ce qui semble vrai, ce qui ressort de l'imagination du chevalier et ce qui ressort de celle du journaliste.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9e/Christophe-Paulin_de_la_Poix_de_Fr%C3%A9minville.jpg

 

" C'est assurément une histoire des plus singulières que celle de ce faux jeune vagabond, arrêté par la police angevine, et qui se trouve être une femme; mais, en réalité, l'aventure n'est pas nouvelle. Les hommes vêtus en femmes, les femmes habillées en hommes ne se comptent plus. Qui ne connait la chevalière d'Eon, Mlle Savalette de Lange, les femmes soldats de la Révolution et de l'Empire ? Peut-être, cependant, n'a-t-on pas entendu parler aussi souvent de M. de Fréminville, dont M. Herpin a publié les Mémoires, et qui fut, vers la fin de la Restauration, un des originaux, une des curiosités de la ville de Brest.

Si vous aviez habité Brest en ce temps-là, vous vous seriez fait une joie de regarder et d'admirer, à la promenade, au spectacle, dans les réunions mondaines, la chevalière de Fréminville, qu'on nommait aussi familièrement Mlle Pauline. C'était vraiment une adorable femme, un peu sur le retour, mais charmante et gracieuse, au visage si fin et si distingué, aux allures si élégantes, aux mouvements si souples et délicieux qu'on oubliait son âge possible, pour ne plus songer qu'à celui qu'elle semblait avoir.

Positivement, la chevalière de Fréminville, qu'on entourait d'ailleurs du plus grand respect, donnait le ton à la ville. On copiait ses toilettes, toujours exquises et toujours imprévues. Quand elle paraissait dans un salon, vêtue d'une robe de soie à ramages, coiffée d'un chapeau à la maréchale, avec une mouche assassine au coin de la lèvre, on eût dit une image parfaire du passé, descendue de son cadre d'or et se mêlant à la foule des vivants.

Elle eut aussi, pour aller au théâtre de Brest, une certaine robe de popeline jaune serin, garnie d'un double rang de volants brodés de soie noire, qui révolutionna le monde féminin. Ce fut un cri d'admiration, quand on la rencontra, se promenant avec mélancolie au Jardin Botanique, portant une légère et jolie jupe de mousseline blanche, et coiffée d'une capote en blonde garnie de jacinthes bleues.Rien n'était d'un meilleur goût que ses souliers de prunelle, ses chapeaux de paille de riz et ses écharpes de guipure. Tout Brest chérissait Pauline de Fréminville, et l'on appréciait aussi en elle, ou plutôt en lui, le savant collectionneur.

 

Car Mlle de Fréminville était un homme, un homme excellent et parfait, dont chacun célébrait les mérites, qu'aucune calomnie n'effleurait, et qui vivait, solitaire, dans la maison de la rue Royale dont il occupait le deuxième étage. C'est là qu'il avait entassé sa riche et belle collection de singes, de serpents, de vieilles armes, de bijoux exotiques, de parures sauvages, de tout ce qu'il avait ramené de ses longs voyages autour du monde, alors qu'il était officier de marine.

De cette collection, le chevalier de Fréminville ne refusait l'entrée à personne, et lui-même, dans ses atours féminins, en faisait les honneurs aux visiteurs, et ceux-ci, à leur tour, pour ne pas manquer aux égards qu'ils devaient à ce délicat original, ne manquaient pas, en lui parlant, de l'appeler "mademoiselle Pauline", et ceci paraissait lui causer un plaisir inouï. Du reste, pas la moindre marque de dérangement cérébral chez cet excentrique calme et pondéré, dont la conversation, pleine de souvenirs, d'anecdotes, de détails piquants, offrait un charme inexprimable, même à une époque où tout le monde savait encore causer.

Il avait énormément vu. A quatorze ans, en 1801, son père, cédant à ses instances, l'avait emmené de Vitry-sur-Seine, lieu de sa naissance, au camp de Boulogne, afin de le présenter en qualité d'apprenti marin à son ami l'amiral de La Touche-Tréville. Celui-ci, immédiatement, embarqua le gamin sur l'Etna, et, la nuit suivante, le petit Fréminville eut à se battre contre les Anglais. Il montra une bravoure de lion, durant quatre heures, et fut même sur le point d'être tué par un grand et fort ennemi dont il se débarrassa en lui coupant le poignet d'un coup de hache.

C'était un fameux début pour un enfant de quatorze ans. Aussi, peu de temps après, le Premier Consul étant venu à passer une revue au camp de Boulogne, on lui montra ce héros, qui ressemblait à une petite fille déguisée en petit garçon. Bonaparte lui ayant demandé son nom, ajouta:

- Vous êtes noble, monsieur ?

- Général, je l'étais, répondit fermement Fréminville; aujourd'hui, je ne le suis plus que de coeur.

Le Consul sourit et tendit la main au valeureux jeune homme.

 

A dater de ce jour, Fréminville courut les mers, rencontrant partout les aventures les plus extraordinaires, desquelles, grâce à son sang-froid égal à sa bravoure, il se tirait toujours heureusement. On le vit à Saint-Domingue, au Spitzberg, au cap de Bonne-Espérance, à Dakar, en bien d'autres pays, et surtout à la Martinique, où il devait connaître l'extrême joie et l'extrême douleur et vivre un roman tragique qui rappelle, par certains côtés, Paul et Virginie.

Traversant une petite rivière pour aller recueillir des coraux, Fréminville, alors officier à bord de la Néréïde, est emporté par le courant, roulé sur des récifs, blessé sur tout le corps et, finalement, sauvé par des nègres et porté dans une habitation voisine, où il reçut les soins les plus tendres de la part d'une divine créole de dix-huit ans, Caroline C..., dont il devint, naturellement, éperdument amoureux. La famille ne voyait point cette passion d'un mauvais oeil, et Caroline n'étant pas insensible à l'amour du marin français, ces jeunes gens furent fiancés.

Sur ces entrefaites, la Néréïde est envoyée en mission. Fréminville rejoint son bord. L'absence dure deux mois. Au retour, passant devant Saint-Pierre, l'amoureux aperçoit, dans la campagne, la maison de celle qu'il adore, mais, avant d'aborder, le navire doit aller jusqu'à Basse-Terre pour renouveler ses munitions. Deux semaines s'écoulent encore. Enfin, c'est le retour définitif, et voici Fréminville courant vers cette demeure chérie où il s'attend à retrouver sa fiancée. La maison est vide et silencieuse. Aux appels de l'arrivant, nul ne répond. Enfin, un nègre se montre, mais, à la vue de l'officier, il se sauve. Fréminville, inquiet, erre dans les environs. Tout à coup, il remarque une tombe fraîchement creusée. Il s'approche et lit sur la croix: Caroline C..., décédée le 30 novembre 1822. Priez pour elle. Il tombe évanoui, et, pendant de longues semaines, en proie à une effroyable fièvre, il demeura entre la vie et la mort.

Voici ce qui s'était passé. Caroline guettait chaque jourle retour de la Néréïde. En voyant reparaître le navire, son coeurbattit violemment. En le voyant s'éloigner, elle crut qu'il partait pour toujours, regagnant la France, et, dans son désespoir, elle alla se précipiter dans la rivière aux brisants, là où celui qu'elle aimait avait failli périr. On ne retrouva son corps que le lendemain. Elle était vêtue d'une robe blancheet serrait encore sur son coeur les lettres de Fréminville.

 

Tel fut le roman de cet homme aimable et charmant, qui réunissait les plus rares qualités de l'esprit et de l'âme. Il demeura fidèle jusqu'à sa denière heure au souvenir de Caroline, vivant au milieu de chers bibelots lui rappelant cette délicieuse fille, et c'était pour s'identifier en quelque sorte avec elle que le chevalier de Fréminville s'habillait en femme, dans la ville où il avait pris sa retraite comme capitaine de frégate.

Pourquoi M. de Fréminville, ce gentilhomme d'une vie si droite et si pure, ce modèle de courtoisie et de dignité se costumait-il en femme ? Il n'était point fou, ce qui eût expliqué son étrange manie. Vainement, parmi la société aristocratique de Brest, on se posa cette question. L'ancien marin gardait jalousement son secret. Il ne l'avait confié qu'à un manuscrit publié par M. Herpin. Mais, à la longue, on renonça à chercher la clé du mystère, on s'habitua à voir la chevalière dans ses fins atours, avec sa jolie figure, à peine flétrie par l'âge, et les femmes prirent modèle sur cette élégante d'un goût si sûr et si raffiné.

Il arriva même que le dépit fut général, le jour où M. de Fréminville, au bout d'une dizaine d'années, reparut soudainement en costume masculin. Son culte pour la mémoire de Caroline était toujours aussi ardent, mais peut-être s'était-il avisé de la puérilité de la manifestation publique qu'il en donnait. Il cessa donc d'être un excentrique, mais, de n'être plus une femme ravissante, cela ne l'empêcha pas de rester un homme agréable et d'infiniment d'esprit." Jean Frollo, Le Petit Parisien, 05 décembre 1913.

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