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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 18:12

Ultime sortie de l'année 1963 pour Sheila que ce 4ème 45 tours de sa carrière qui devait contenir deux autres des incontournables de la chanteuse: "Le sifflet des copains" et "Cette année-là" que l'on retrouva dans le film "l'Année du bac" (1964)

 

Le sifflet des copains (Claude Carrère - J.M. Arnaud - A. Salvet - R. Valade)

Chante chante chante (Sing) (Sid Wyche - A. Salvet - Claude Carrère)

Cette année-là (du film L’année du bac) (Claude Carrère - Jacques Plante - José André Lacour)

Ouki Ouki (Kookie Ookie) (B. Everette - Claude Carrère - Jacques Plait)

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 15:01

(L'Aigle blessé: hommage aux derniers combattants de la Grande Armée, Waterloo)

Bicentenaire oblige, le poème mis à l'honneur ce week-end ne pouvait être que l'Expiation de Victor Hugo, surtout connu pour son récit de la bataille de Waterloo. Paru en 1853 dans le recueil appelé les Châtiments, un recueil destiné à fustiger le neveu de l'empereur, Louis-Napoléon Bonaparte, auteur du coup d'Etat du 2 décembre 1851 et devenu entre-temps Napoléon III, l'Expiation, par sa force évocatrice, en reste l'une des pièces les plus célèbres et les plus connues.

 

I

Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l'aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. Les blessés s'abritaient dans le ventre
Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés,
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d'être tremblants,
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n'avait pas de pain et l'on allait pieds nus.
Ce n'étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre :
C'était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d'ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul.
Et chacun se sentant mourir, on était seul.
- Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ?
Deux ennemis! le czar, le nord. Le nord est pire.
On jetait les canons pour brûler les affûts.
Qui se couchait, mourait. Groupe morne et confus,
Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige,
Voir que des régiments s'étaient endormis là.
Ô chutes d'Annibal ! lendemains d'Attila !
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s'écrasait aux ponts pour passer les rivières,
On s'endormait dix mille, on se réveillait cent.
Ney, que suivait naguère une armée, à présent
S'évadait, disputant sa montre à trois cosaques.
Toutes les nuits, qui vive ! alerte, assauts ! attaques !
Ces fantômes prenaient leur fusil, et sur eux
Ils voyaient se ruer, effrayants, ténébreux,
Avec des cris pareils aux voix des vautours chauves,
D'horribles escadrons, tourbillons d'hommes fauves.
Toute une armée ainsi dans la nuit se perdait.
L'empereur était là, debout, qui regardait.
Il était comme un arbre en proie à la cognée.
Sur ce géant, grandeur jusqu'alors épargnée,
Le malheur, bûcheron sinistre, était monté ;
Et lui, chêne vivant, par la hache insulté,
Tressaillant sous le spectre aux lugubres revanches,
Il regardait tomber autour de lui ses branches.
Chefs, soldats, tous mouraient. Chacun avait son tour.
Tandis qu'environnant sa tente avec amour,
Voyant son ombre aller et venir sur la toile,
Ceux qui restaient, croyant toujours à son étoile,
Accusaient le destin de lèse-majesté,
Lui se sentit soudain dans l'âme épouvanté.
Stupéfait du désastre et ne sachant que croire,
L'empereur se tourna vers Dieu ; l'homme de gloire
Trembla ; Napoléon comprit qu'il expiait
Quelque chose peut-être, et, livide, inquiet,
Devant ses légions sur la neige semées :
« Est-ce le châtiment, dit-il. Dieu des armées ? »
Alors il s'entendit appeler par son nom
Et quelqu'un qui parlait dans l'ombre lui dit : Non.

 

II

Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.
D'un côté c'est l'Europe et de l'autre la France.
Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l'espérance ;
Tu désertais, victoire, et le sort était las.
O Waterloo ! je pleure et je m'arrête, hélas !
Car ces derniers soldats de la dernière guerre
Furent grands ; ils avaient vaincu toute la terre,
Chassé vingt rois, passé les Alpes et le Rhin,
Et leur âme chantait dans les clairons d'airain !

Le soir tombait ; la lutte était ardente et noire.
Il avait l'offensive et presque la victoire ;
Il tenait Wellington acculé sur un bois.
Sa lunette à la main, il observait parfois
Le centre du combat, point obscur où tressaille
La mêlée, effroyable et vivante broussaille,
Et parfois l'horizon, sombre comme la mer.
Soudain, joyeux, il dit : Grouchy ! - C'était Blücher.
L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme,
La mêlée en hurlant grandit comme une flamme.
La batterie anglaise écrasa nos carrés.
La plaine, où frissonnaient les drapeaux déchirés,
Ne fut plus, dans les cris des mourants qu'on égorge,
Qu'un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ;
Gouffre où les régiments comme des pans de murs
Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs
Les hauts tambours-majors aux panaches énormes,
Où l'on entrevoyait des blessures difformes !
Carnage affreux! moment fatal ! L'homme inquiet
Sentit que la bataille entre ses mains pliait.
Derrière un mamelon la garde était massée.
La garde, espoir suprême et suprême pensée !
« Allons ! faites donner la garde ! » cria-t-il.
Et, lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,
Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête,
Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.
Leur bouche, d'un seul cri, dit : vive l'empereur !
Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La garde impériale entra dans la fournaise.
Hélas ! Napoléon, sur sa garde penché,
Regardait, et, sitôt qu'ils avaient débouché
Sous les sombres canons crachant des jets de soufre,
Voyait, l'un après l'autre, en cet horrible gouffre,
Fondre ces régiments de granit et d'acier
Comme fond une cire au souffle d'un brasier.
Ils allaient, l'arme au bras, front haut, graves, stoïques.
Pas un ne recula. Dormez, morts héroïques !
Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps
Et regardait mourir la garde. - C'est alors
Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée,
La Déroute, géante à la face effarée
Qui, pâle, épouvantant les plus fiers bataillons,
Changeant subitement les drapeaux en haillons,
A de certains moments, spectre fait de fumées,
Se lève grandissante au milieu des armées,
La Déroute apparut au soldat qui s'émeut,
Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut !
Sauve qui peut ! - affront ! horreur ! - toutes les bouches
Criaient ; à travers champs, fous, éperdus, farouches,
Comme si quelque souffle avait passé sur eux.
Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux,
Roulant dans les fossés, se cachant dans les seigles,
Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les aigles,
Sous les sabres prussiens, ces vétérans, ô deuil !
Tremblaient, hurlaient, pleuraient, couraient ! - En un clin d'œil,
Comme s'envole au vent une paille enflammée,
S'évanouit ce bruit qui fut la grande armée,
Et cette plaine, hélas, où l'on rêve aujourd'hui,
Vit fuir ceux devant qui l'univers avait fui !
Quarante ans sont passés, et ce coin de la terre,
Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire,
Ce champ sinistre où Dieu mêla tant de néants,
Tremble encor d'avoir vu la fuite des géants !

Napoléon les vit s'écouler comme un fleuve ;
Hommes, chevaux, tambours, drapeaux ; - et dans l'épreuve
Sentant confusément revenir son remords,
Levant les mains au ciel, il dit: « Mes soldats morts,
Moi vaincu ! mon empire est brisé comme verre.
Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ? »
Alors parmi les cris, les rumeurs, le canon,
Il entendit la voix qui lui répondait : Non !

 

  III
Il croula. Dieu changea la chaîne de l’Europe.
Il est, au fond des mers que la brume enveloppe,
Un roc hideux, débris des antiques volcans.
Le Destin prit des clous, un marteau, des carcans,
Saisit, pâle et vivant, ce voleur du tonnerre,
Et, joyeux, s’en alla sur le pic centenaire
Le clouer, excitant par son rire moqueur
Le vautour Angleterre à lui ronger le cœur.

Évanouissement d’une splendeur immense !
Du soleil qui se lève à la nuit qui commence,
Toujours l’isolement, l’abandon, la prison,
Un soldat rouge au seuil, la mer à l’horizon,
Des rochers nus, des bois affreux, l’ennui, l’espace,
Des voiles s’enfuyant comme l’espoir qui passe,
Toujours le bruit des flots, toujours le bruit des vents !

Adieu, tente de pourpre aux panaches mouvants,
Adieu, le cheval blanc que César éperonne !
Plus de tambours battant aux champs, plus de couronne,
Plus de rois prosternés dans l’ombre avec terreur,
Plus de manteau traînant sur eux, plus d’empereur !
Napoléon était retombé Bonaparte.
Comme un romain blessé par la flèche du Parthe,
Saignant, morne, il songeait à Moscou qui brûla.
Un caporal anglais lui disait : halte-là !
Son fils aux mains des rois ! sa femme aux bras d’un autre !
Plus vil que le pourceau qui dans l’égout se vautre,
Son sénat qui l’avait adoré l’insultait.
Au bord des mers, à l’heure où la bise se tait,
Sur les escarpements croulant en noirs décombres,
Il marchait, seul, rêveur, captif des vagues sombres.
Sur les monts, sur les flots, sur les cieux, triste et fier,
L’œil encore ébloui des batailles d’hier,
Il laissait sa pensée errer à l’aventure.
Grandeur, gloire, ô néant ! calme de la nature !
Les aigles qui passaient ne le connaissaient pas.
Les rois, ses guichetiers, avaient pris un compas
Et l’avaient enfermé dans un cercle inflexible.
Il expirait. La mort de plus en plus visible
Se levait dans sa nuit et croissait à ses yeux
Comme le froid matin d’un jour mystérieux.
Son âme palpitait, déjà presque échappée.
Un jour enfin il mit sur son lit son épée,
Et se coucha près d’elle, et dit : «  C’est aujourd’hui  »
On jeta le manteau de Marengo sur lui.
Ses batailles du Nil, du Danube, du Tibre,

Se penchaient sur son front, il dit : « Me voici libre !
Je suis vainqueur ! je vois mes aigles accourir ! »
Et, comme il retournait sa tête pour mourir,
Il aperçut, un pied dans la maison déserte,
Hudson Lowe guettant par la porte entrouverte.
Alors, géant broyé sous le talon des rois,
Il cria : « La mesure est comble cette fois !
Seigneur ! c’est maintenant fini ! Dieu que j’implore,
Vous m’avez châtié ! » La voix dit : Pas encore !

         IV
Ô noirs événements, vous fuyez dans la nuit !
L’empereur mort tomba sur l’empire détruit.
Napoléon alla s’endormir sous le saule.
Et les peuples alors, de l’un à l’autre pôle,
Oubliant le tyran, s’éprirent du héros.
Les poëtes, marquant au front les rois bourreaux,
Consolèrent, pensifs, cette gloire abattue.
À la colonne veuve on rendit sa statue.
Quand on levait les yeux, on le voyait debout
Au-dessus de Paris, serein, dominant tout,
Seul, le jour dans l’azur et la nuit dans les astres.
Panthéons, on grava son nom sur vos pilastres !
On ne regarda plus qu’un seul côté des temps,
On ne se souvint plus que des jours éclatants
Cet homme étrange avait comme enivré l’histoire

La justice à l’œil froid disparut sous sa gloire ;
On ne vit plus qu’Eylau, Ulm, Arcole, Austerlitz ;
Comme dans les tombeaux des romains abolis,
On se mit à fouiller dans ces grandes années
Et vous applaudissiez, nations inclinées,
Chaque fois qu’on tirait de ce sol souverain
Ou le consul de marbre ou l’empereur d’airain !

         V
Le nom grandit quand l’homme tombe ;
Jamais rien de tel n’avait lui.
Calme, il écoutait dans sa tombe
La terre qui parlait de lui.

La terre disait : « La victoire
A suivi cet homme en tous lieux.
Jamais tu n’as vu, sombre histoire,
Un passant plus prodigieux !

 » Gloire au maître qui dort sous l’herbe !
Gloire à ce grand audacieux !
Nous l’avons vu gravir, superbe,
Les premiers échelons des cieux !

 » Il envoyait, âme acharnée,
Prenant Moscou, prenant Madrid,

Lutter contre la destinée
Tous les rêves de son esprit.

 » À chaque instant, rentrant en lice,
Cet homme aux gigantesques pas
Proposait quelque grand caprice
À Dieu, qui n’y consentait pas.

 » Il n’était presque plus un homme.
Il disait, grave et rayonnant,
En regardant fixement Rome
C’est moi qui règne maintenant !

 » Il voulait, héros et symbole,
Pontife et roi, phare et volcan,
Faire du Louvre un Capitole
Et de Saint-Cloud un Vatican.

 » César, il eût dit à Pompée :
 «  Sois fier d’être mon lieutenant !   »
On voyait luire son épée
Au fond d’un nuage tonnant.

 » Il voulait, dans les frénésies
De ses vastes ambitions,
Faire devant ses fantaisies
Agenouiller les nations,

 » Ainsi qu’en une urne profonde,
Mêler races, langues, esprits,

Répandre Paris sur le monde,
Enfermer le monde en Paris !

 » Comme Cyrus dans Babylone,
Il voulait sous sa large main
Ne faire du monde qu’un trône
Et qu’un peuple du genre humain,

 » Et bâtir, malgré les huées,
Un tel empire sous son nom,
Que Jéhovah dans les nuées
Fût jaloux de Napoléon ! »

         VI
Enfin, mort triomphant, il vit sa délivrance,
Et l’océan rendit son cercueil à la France.
L’homme, depuis douze ans, sous le dôme doré
Reposait, par l’exil et par la mort sacré.
En paix ! — Quand on passait près du monument sombre,
On se le figurait, couronne au front, dans l’ombre,
Dans son manteau semé d’abeilles d’or, muet,
Couché sous cette voûte où rien ne remuait,
Lui, l’homme qui trouvait la terre trop étroite,
Le sceptre en sa main gauche et l’épée en sa droite,

À ses pieds son grand aigle ouvrant l’œil à demi,
Et l’on disait : C’est là qu’est César endormi !
Laissant dans la clarté marcher l’immense ville,
Il dormait ; il dormait confiant et tranquille.

         VII
Une nuit, — c’est toujours la nuit dans le tombeau, —
Il s’éveilla. Luisant comme un hideux flambeau,
D’étranges visions emplissaient sa paupière ;
Des rires éclataient sous son plafond de pierre ;
Livide, il se dressa ; la vision grandit ;
Ô terreur ! une voix qu’il reconnut, lui dit :

— Réveille-toi. Moscou, Waterloo, Sainte-Hélène,
L’exil, les rois geôliers, l’Angleterre hautaine
Sur ton lit accoudée à ton dernier moment,
Sire, cela n’est rien. Voici le châtiment :

La voix alors devint âpre, amère, stridente,
Comme le noir sarcasme et l’ironie ardente ;
C’était le rire amer mordant un demi-dieu.

— Sire ! on t’a retiré de ton Panthéon bleu !
Sire ! on t’a descendu de ta haute colonne !

Regarde. Des brigands, dont l’essaim tourbillonne,
D’affreux bohémiens, des vainqueurs de charnier
Te tiennent dans leurs mains et t’ont fait prisonnier.
À ton orteil d’airain leur patte infâme touche.
Ils t’ont pris. Tu mourus, comme un astre se couche,
Napoléon le Grand, empereur ; tu renais
Bonaparte, écuyer du cirque Beauharnais.
Te voilà dans leurs rangs, on t’a, l’on te harnache.
Ils t’appellent tout haut grand homme, entre eux, ganache.
Ils traînent, sur Paris qui les voit s’étaler,
Des sabres qu’au besoin ils sauraient avaler.
Aux passants attroupés devant leur habitacle,
Ils disent, entends-les : — Empire à grand spectacle !
Le pape est engagé dans la troupe ; c’est bien,
Nous avons mieux ; le czar en est mais ce n’est rien,
Le czar n’est qu’un sergent, le pape n’est qu’un bonze
Nous avons avec nous le bonhomme de bronze !
Nous sommes les neveux du grand Napoléon ! —
Et Fould, Magnan, Rouher, Parieu caméléon,
Font rage. Ils vont montrant un sénat d’automates.
Ils ont pris de la paille au fond des casemates
Pour empailler ton aigle, ô vainqueur d’Iéna !
Il est là, mort, gisant, lui qui si haut plana,
Et du champ de bataille il tombe au champ de foire.
Sire, de ton vieux trône ils recousent la moire.
Ayant dévalisé la France au coin d’un bois,
Ils ont à leurs haillons du sang, comme tu vois,
Et dans son bénitier Sibour lave leur linge.
Toi, lion, tu les suis ; leur maître, c’est le singe.
Ton nom leur sert de lit, Napoléon premier.

On voit sur Austerlitz un peu de leur fumier.
Ta gloire est un gros vin dont leur honte se grise.
Cartouche essaie et met ta redingote grise
On quête des liards dans le petit chapeau
Pour tapis sur la table ils ont mis ton drapeau.
À cette table immonde où le grec devient riche,
Avec le paysan on boit, on joue, on triche ;
Tu te mêles, compère, à ce tripot hardi,
Et ta main qui tenait l’étendard de Lodi,
Cette main qui portait la foudre, ô Bonaparte,
Aide à piper les dés et fait sauter la carte.
Ils te forcent à boire avec eux, et Carlier
Pousse amicalement d’un coude familier
Votre majesté, sire, et Piétri dans son antre
Vous tutoie, et Maupas vous tape sur le ventre.
Faussaires, meurtriers, escrocs, forbans, voleurs,
Ils savent qu’ils auront, comme toi, des malheurs
Leur soif en attendant vide la coupe pleine
À ta santé ; Poissy trinque avec Sainte-Hélène.
Regarde ! bals, sabbats, fêtes matin et soir.
La foule au bruit qu’ils font se culbute pour voir ;
Debout sur le tréteau qu’assiège une cohue
Qui rit, bâille, applaudit, tempête, siffle, hue,
Entouré de pasquins agitant leur grelot,
— Commencer par Homère et finir par Callot !
Épopée ! épopée ! oh ! quel dernier chapitre ! —
Entre Troplong paillasse et Chaix-d’Est-Ange pitre,
Devant cette baraque, abject et vil bazar
Où Mandrin mal lavé se déguise en César,
Riant, l’affreux bandit, dans sa moustache épaisse,

Toi, spectre impérial, tu bats la grosse caisse ! —

L’horrible vision s’éteignit. L’empereur,
Désespéré, poussa dans l’ombre un cri d’horreur,
Baissant les yeux, dressant ses mains épouvantées.
Les Victoires de marbre à la porte sculptées,
Fantômes blancs debout hors du sépulcre obscur,
Se faisaient du doigt signe, et, s’appuyant au mur,
Écoutaient le titan pleurer dans les ténèbres.
Et lui, cria : « Démon aux visions funèbres,
Toi qui me suis partout, que jamais je ne vois,
Qui donc es-tu ? — Je suis ton crime », dit la voix.
La tombe alors s’emplit d’une lumière étrange
Semblable à la clarté de Dieu quand il se venge
Pareils aux mots que vit resplendir Balthazar,
Deux mots dans l’ombre écrits flamboyaient sur César ;
Bonaparte, tremblant comme un enfant sans mère,
Leva sa face pâle et lut : — DIX-HUIT BRUMAIRE !


25-30 novembre. Jersey.

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Published by instantdinstants - dans Le poème du week-end
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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 16:51

Publiée pour la première fois en 1963 et régulièrement revue, augmentée, révisée, l'Histoire de la Russie de Nicholas Riasanovsky présente une vision claire, synthétique mais néanmoins intéressante de l'histoire de la Russie. En cette année 2015, elle vient de faire l'objet d'une 9ème édition où ont été ajoutés de nouveaux chapitres traitant des périodes Eltsine et Poutine jusqu'en 2014.

Si vous cherchez à connaître un peu l'histoire de ce pays sans pour autant vous lancer dans la lecture de vastes travaux universitaires, je vous recommande cette Histoire de la Russie.

(Visuel non-disponible par suite de problèmes rencontrés par Overblog au niveau de l'insertion d'images dans les articles - cliquer sur le titre de l'ouvrage).

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Published by instantdinstants - dans En passant ...
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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 16:54

Si Edouard Snowden s'est rapidement imposé à mon esprit pour être l'homme de l'année 2013, le choix fut plus difficile pour l'année 2014 que j'ai d'abord songé à laisser vide avant que le nom d'Alain-Fournier ne revienne plusieurs fois me hanter, à la fois parce que 2014 était l'année du centenaire de la Première Guerre, qu'il y avait perdu la vie et que son corps ne fut retrouvé que bien des années plus tard, en 1991 - en faire l'homme de l'année, c'est aussi faire, à travers lui, des combattants de la Grande Guerre les hommes de l'année -, mais aussi à cause du roman qu'il publia un an plus tôt: le Grand Meaulnes.

En effet, quand on y songe, ce roman que l'on peut diviser en trois parties: le monde ancien (avant l'arrivée de Meaulnes) qui symbolise le temps de paix avant guerre; les festivités au château du domaine mystérieux, transfiguration du désordre qui règne dans le monde d'avant 14 qui semble danser sur un volcan et de l'aube d'un avenir qui ne viendra jamais; le charme rompu et à jamais brisé de la troisième et dernière partie du roman, symbole de la désillusion de l'après-guerre.

Simple hasard de l'esprit, songe visionnaire de l'auteur ou simple capacité de ce dernier à retranscrire à travers une oeuvre inspirée de sa propre existence, les chaos tragiques de l'heure, le Grand Meaulnes, reste, en tout cas, un drôle de récit quasi-métaphysique. C'est en cela aussi qu'Alain-Fournier m'a semblé l'homme idéal, un siècle plus tard, pour incarner l'homme de l'année 2014 dans un monde de 2014 qui semble, lui aussi, danser sur un volcan.

 

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 20:56

Les succès s'enchaînent pour Sheila en cette année 1963 et la sortie, pour l'été, d'un nouveau 45 tours avec un premier titre au thème "françoisehardien" suivi de trois autres beaucoup plus optimistes et tournés vers la gaieté et l'insouciance. Petite préférence perso pour le Hully Gully.

 

Pendant les vacances (All I have to do is dream) (Bryant - H. Ithier - Claude Carrère)

La vie est belle (Killer Joë) (Bert Russell - Bob Elgin - Phil Medley - Claude Carrère - A. Salvet)

Première surprise-partie (Claude Carrère - J. Grelbin)

Viens danser le hully-gully (New-Orleans) (De Angleis - Mendosa - J. Wisner - Claude Carrère - A. Salvet)

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Published by instantdinstants - dans Sheila en 45 tours
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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 21:24

C’est très dur actuellement au boulot, l’esprit accaparé par des problèmes extra-pédagogiques qui engendrent stress, fatigue, épuisement moral et nerveux et une grande démotivation.

Je suis littéralement atterré par cette espèce de jeu de quilles malsain dans lequel la Principale et certains parents semblent tour à tour jouer le mauvais rôle pour déstabiliser certains profs et l’équipe enseignante : entre courriers infâmants directement adressés au Rectorat et pris pour argent comptant, valant à certains collègues des lettres de blâme les rappelant à leur devoir d’exemplarité sans qu’on daigne même les entendre avant, pressions parentales sur certains profs pour qu’ils reviennent sur leurs appréciations ou le refus d’accorder les félicitations et Principale qui se laisser suborner par ces parents et leur donne finalement gain de cause quand elle ne déclenche pas des inspections intempestives y compris pour des collègues rentrant de congés maladie suite à des problèmes avec certains élèves ou certains parents, plaintes pour des motifs futiles à la gendarmerie qui ont valu à un collègue d’être convoqué et photographié avec prise d’empreintes digitales et ADN et des élèves qui, dans certaines classes ont pris le pouvoir, c’est désormais à une angoisse permanente que nous sommes tous confrontés avec la peur au ventre chaque matin et la prière aux lèvres pour espérer qu’aucun pépin, qu’aucun accrochage grave ne se produisent qui pourraient vous précipiter à votre tour dans cette spirale infernale.

A cela s’ajoute un immense sentiment de solitude, avec une équipe qui n’était déjà pas très solidaire avant mais qui, face au danger, est incapable d’y opposer le moindre front commun, préférant s’entre-déchirer et ressasser ses griefs contre untel ou untel jusqu’à saboter une heure d’information syndicale pour laquelle des responsables départementaux s’étaient déplacés, préférant régler leurs comptes personnels en public, comme si l’ordre du jour (comment réagir face la pression parentale et au jeu trouble de la Principale ? Réforme du collège) n’était pas d’une urgence absolue.

J’en suis ressorti traumatisé, sur les nerfs, complètement vidé, avec l’impression d’une impuissance, d’une fragilité accrue et mortifère qui explique cet état de quasi-prostration, d’indifférence au boulot, de manque de concentration sur le travail.

Aujourd’hui, quand je vais au boulot, je ne suis pas tranquille, j’ai peur et je n’ai qu’une envie, c’est que la journée se termine très vite pour rentrer le plus tôt possible et passer le moins de temps possible au collège.

Les responsables syndicaux qui sont venus vont alerter la DASEN sur la situation parce que l’équipe leur a semblé au bord du burn-out et de la rupture et se mettant en danger, mais la DASEN comprendra-t-elle le signal qui lui est adressée ? C’est l’angoisse.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 18:35

Début 1963, ce deuxième 45 tours va propulser Sheila en tête des hits-parades et lui conférer le statut d'idole, renforcé par un look très identifiable (les couettes "à la Sheila" et les jupes à carreaux).

Entre "L'école est finie" qui parle à toute une génération de jeunes gens pour qui quitter l'école à 16 ans était conçu comme une normalité en cette période de pleine croissance et de plein emploi, "Papa, t'es plus dans l'coup" qui éreinte gentiment certaines valeurs sociales et "Le ranch de mes rêves" qui ne conçoit pas l'avenir sans un mariage et avec deux enfants, le tout sur un fond d'optimisme propre à la jeunesse, on a un bon tableau d'une "génération jeune" qui veut faire l'inventaire des héritages du passé sans tout jeter par dessus bord.

A noter enfin que tous ces titres, comme la plupart de ceux des années 60, qui s'adressent plutôt à des jeunes gens des classes moyennes, vont avoir une résonance dans toutes les couches de la société et diffuser un nouveau style de vie tendant à uniformiser les comportements sociaux, les goûts et les espérances.

L’école est finie (Claude Carrère - A. Salvet - J. Hourdeaux)

Papa, t’es plus dans l’coup (Jil et Jan)

Le ranch de mes rêves (Hotel Happiness) (Léon Carr - Earl Shuman - Claude Carrère - Richard Anthony)

Ne raccroche pas (Don’t hang up) (Kal Mann - Ralph Bernet)

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 20:36

Sorti au milieu de l'année 1962, ce premier 45 tours EP, sans photo de l'artiste sur la pochette, est surtout destiné à donner un premier aperçu des potentialités de la voix d'une illustre inconnue dont le pseudonyme est aussi celui de la chanson "titre" du disque, reprise d'un tube de Lucky Blondo et d'appréhender la façon dont le public, notamment le public jeune, la reçoit.

Les quatre chansons du disque furent:

 

 

Sheila (Tommy Roe - Claude Carrère)

Avec toi (With you) (William Stanray - Claude Carrère)

Un bateau s’en va (Enchanted sea) (Frank Metis - Starr Randy / Jacques Plante)

On a juste l’âge (Claude Carrère - André Salvet)

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 21:47

Il n'est pas des plus évidents de résumer certains ouvrages, surtout quand, comme celui-ci, il prétendent embrasser une vaste période et réaliser une synthèse rapide mais rigoureuse des événements majeurs qui s'y sont déroulés, sans laisser de côté l'histoire économique et culturelle.

On va donc se contenter de dire qu'on a apprécié cette Histoire de l'Italie, écrite par Pierre Milza, même s'il manque peut-être un lexique à la fin et si l'on peut regretter l'absence d'illustrations accompagnant la liste parfois un peu longue et pas toujours connue de certains artistes italiens.

On en ressort avec quelques bases solides ou consolidées sur l'histoire de nos voisins transpalpins, leur esprit de clocher, leurs particularismes, leur système politique ou la façon dont l'emprise de la Mafia et de certaines autres organisations a pu s'installer définitivement à partir du XIXème S., notamment dans le Sud de la botte italienne.

A ne pas manquer non plus la face noire de la façon dont s'est réalisée de l'unité italienne, loin de l'image d'une nation enthousiaste de s'unir en un seul et même Etat; une unité qui, dans certaines régions, n'hésite pas à s'imposer par l'arbitraire et la violence au point de se demander où est la légitimité démocratique dans tout cela.

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 16:55

http://www.freevector.com/site_media/preview_images/FreeVector-Canal-plus.jpg

 

L'entrevue accordée par le chef de l'Etat à l'ex-chaîne branchouille de la télévision française me donne l'opportunité de parler des véritables méthodes de voyous utilisées par les commerciaux de la chaîne.


En effet, il y a peu de temps et durant trois semaines, à raison de deux, voire trois appels par jour, mes parents, qui sont des personnes âgées abonnées à Canal - et encore juste pour faire plaisir à mon père fana de matchs de foot -, ont été continuellement harcelés au téléphone sous prétexte de leur proposer une offre qu'ils ont déjà plusieurs fois déclinée. Ils ont tout essayé pour s'en débarrasser: se faire passer pour la femme de ménage, la voisine, ne pas décrocher, raccrocher sans répondre... Rien n'y a fait.

Ce calvaire téléphonique, destiné à les faire craquer nerveusement pour qu'ils cèdent enfin, n'a cessé que lorsque, deux fois de suite dans la même journée, c'est sur moi que ces Messieurs, Dames sont tombés: la première fois - il devait être aux environs de 14 h - j'ai poliment décliné l'offre; la deuxième -il devait être aux environs de 19 h -, j'ai clairement pris le type au bout du fils à partie, lui demandant s'il ne se foutait pas de nous, que ça faisait x fois que nous indiquions clairement ne pas être intéressés et je lui ai clairement signifié qu'au moindre prochain appel de leur part, je n'hésiterais pas, relevés téléphoniques à l'appui, à saisir la Répression des fraudes afin de porter plainte pour harcèlement sur des personnes vulnérables en raison de leur âge, puisque mon père étant client chez eux, ils ne pouvaient pas ignorer son âge.

Comme par magie, du jour au lendemain, plus aucun appel !

 

Canal +, la chaîne qui se veut bobo et branchée, est une chaîne dont les méthodes ressemblent plus à celles des nervis d'une dictature que d'une chaîne d'un pays démocratique. Puisse cet article ouvrir les yeux sur les dessous, peu ragoûtants, de Canal.

S'il n'y avait pas cet histoire de foot paternel, nul doute qu'ils auraient pris, en même temps, un désabonnement en bonne et due forme.


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